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Colloque H. Florence > 2ème partie
Colloque Hercule Florence

Deuxième partie :
BORIS KOSSOY

BORIS KOSSOY : Mes recherches sur Antoine Hercule Romuald Florence ont débuté en 1972. Trois décennies se sont écoulées depuis ma première présentation internationale à l’occasion du « Photohistory Symposium III » à Rochester à New-York, au cours duquel j’ai présenté les résultats des recherches qui prouvent que des expériences photographiques pionnières ont effectivement eu lieu au Brésil à la première année de la décade de 1830.
Le Photohistory III a eu lieu en 1976. Bien d'autres présentations se succédèrent entre temps, mais il n'est jamais superflu de répéter que le thème mérite encore davantage d’être divulgué en raison de son importance, non seulement pour l’histoire de la photographie elle-même, mais aussi de façon plus large pour l’histoire culturelle en général.
Je ne m’attarderai pas particulièrement sur les détails techniques relatifs aux procédés photographiques découverts par Florence compte tenu que je les ai déjà exposés de manière exhaustive dans d’autres travaux et je me référerai plutôt à certains facteurs d’ordre socio-culturel qui entourent aussi bien cette découverte, que d’autres réalisations de ce fait.
Je vais mettre également à profit cet instant pour présenter un bref résumé sur la façon dont fut diffusé le sujet, ainsi que la polémique qui a pu être soulevée tout au long de ces trois décennies.

Autodidacte en exil
Que se soit dans le domaine technique, artistique ou scientifique Hercule Florence fut un autodidacte descendant d’une famille d’artistes qui lui transmirent le goût des arts. Mais contrairement à Jean-Baptiste Debray ou à Jochen Maurice Rogendas par exemple, il n’a jamais fréquenté d’Académie des Beaux-Arts, il n’a jamais entrepris d’études systématiques de dessin ou de peinture comme son autobiographie permet de le constater.
Alors je cite : « entré dans la vie sans fortune, je grandissais au milieu des tableaux, des dessins et de quelques livres, enclin à tout ce qui pouvait m’apporter d’apprendre, je ne pouvais manquer de m’adonner au dessin, je l’appris sans autres maîtres que le modèle que j’avais devant les yeux et encouragé par les amis de ma mère, d’un autre coté j’avais une passion pour la mer. J’ai lu Robinson et je devins passionné pour les voyages et pour les aventures maritimes. Ce livre me donna le goût de la géographie et je passais des heures sur un bon atlas que nous avions, il n’y avait pas un point sur le globe où je ne prétendisse aller un jour. »
Cependant Hercule Florence n’a pas suivi de formation scientifique en France ou dans quelques établissements supérieurs que se soit. Son intérêt pour les différentes disciplines scientifiques fut le fruit de son initiative personnelle, alliant sensibilité et talent à l’efficacité. Homme de son temps, il recherche dans les manuels les fondements de base et les aspects pratiques de la science et des arts libéraux et mécaniques si développés au 18ème siècle. Il les applique à ce qui l’intéresse dans l’immédiat. Les caractéristiques de l’encyclopédisme sont présentes dans ses projets et ses réalisations.
Dans ses écrits, Florence se réfère constamment à Fourcois, Bertolet, Laugier, Guy Lussac, Berzelious entre autres, des scientifiques. Il enregistre dans son journal des notes concernant les concepts et les découvertes des ces auteurs et les utilise pour développer ses expériences. Son coté inventif le pousse sans cesse vers des expériences empiriques. On le voit clairement quand il rapporte dans ses manuscrits ses expérimentations au jour le jour, qui aboutiront à la découverte d’un procédé photographique.
Il fut l’un des rares chercheurs au monde qui imagina d’associer les principes optiques de la chambre obscure aux connaissances relatives aux propriétés chimiques des sels d’argent, visant à obtenir et à reproduire des images par l’action de la lumière. Ces deux prouesses de Florence, qu’il s’agisse de l’importante collection de dessins qu’il exécuta au cours de l’expédition Langsdorff ou de la découverte d’un procédé photographique, furent réalisées avant l’âge de trente ans. De telles réalisations sombrèrent dans l’ombre. Triste réalité que Florence sut surmonter grâce à son esprit inventif et à une forte personnalité. Il sut rassembler force et courage pour continuer à produire dans l’isolement et dans son exil comme il s’est exprimé dans ses journaux.

La découverte de la photographie et le contexte
Dès 1830 Florence décide de créer sa propre méthode d’impression : la polygraphie. En 1832 il est déjà établi commercialement offrant au public ses écrits et ses dessins, tout en tenant un magasin de tissu. En observant la décoloration des pièces indiennes exposées à la lumière due au soleil, et informé par un jeune apothicaire, et futur botaniste de renom Joaquim Corea de Melo, des propriétés du nitrate d’argent, Florence commence ses recherches sur la photographie.
Ses premières annotations sur ce sujet datent du 15 janvier 1833, et sont transcrites dans son premier manuscrit. Il change le cours des ses recherches et il applique ses récentes découvertes photochimiques à une méthode alternative de reproduction de documents divers par l’action de la lumière. Les lacunes qui existaient dans son domaine d’action concernant les possibilités d’impression, le poussèrent à développer ses recherches en explorant la nature propre de la photographie.
Je voudrais commenter ce document de Florence, très intelligent de 1830 qui est auto explicatif : la civilisation apporte une imprimerie à la Province de St Paolo. (nous pouvons voir la civilisation à la gauche et la province de St Paolo à la droite). C’est simplement un commentaire que Florence a fait en relation avec le lieu où il était : pas d’imprimerie, pas de livre, pas de typographie. Ici sur cette image, nous pouvons voir. le 15 janvier 1833, où il a fait ses premières annotations sur la photographie dans ce journal.
Les lacunes qui existaient concernant les possibilités d’impression, le poussèrent à développer ses recherches en explorant la nature propre de la photographie qu’il applique aux arts graphiques pour obtenir en série des copies de dessins, et de textes à partir d’une matrice.
Quelques années avant l’annonce de la découverte de Daguerre, Florence faisait déjà un usage pratique de son procédé photographique pour l’obtention en série d’imprimés divers écrits tels que des diplômes maçonniques. Ici nous pouvons voir l’original du dessin qui a été la matrice des diplômes, en fait sensibilisé photographiquement. Il y a des phrases écrites après plusieurs années que cette image fut produite, il écrit que celui ci n’a pas été assez oxydé, voilà la raison de sa pâleur et de sa décoloration en plusieurs endroits.
Et puis il photographia en 1832, sept ans avant que d’autres ne fassent les mêmes recherches avec plus de succès. La date de 1832 est une erreur, car il commença ses expériences en 1833, je crois qu’il avait écrit ça dans sa vieillesse. Il ne copie plus avec plus de contraste, on voit bien toutes les icônes de la maçonnerie. Une autre image de cette même feuille on peut voir le filigrane c’est un papier anglais 1829, c’est la ville de Florence...
Il faisait aussi d’autres pièces comme des étiquettes pour les produits pharmaceutiques, et aussi d’autres activités de commerce. Ici nous avons un autre fragment d’un produit pharmaceutique. Comme son beau-père était propriétaire d’une boutique et son ami Joaquim était apothicaire, il a fait pour eux cette étiquette pour cette bouteille. Il y a d’autres illustrations qui appartiennent à la collection de Cyrilio Hercule Florence, ici représenté par Leila. Ce sont des pièces fantastiques qui datent de 1833-34 quelques années avant l’annonce de la découverte de la photographie officielle.
En Europe, les chercheurs disposaient bien évidemment des conditions techniques supérieures pour mener à bien leurs expériences. Cependant les principes scientifiques qui les guidèrent reposaient sur des points communs puisque tous se fondèrent sur la découverte de l’optique et de la chimie connue depuis longtemps. Le principe de la camera obscura fut utilisé pendant longtemps pour l’observation des éclipses du soleil. Des siècles avant la découverte de la photographie, la camera obscura était employée de manière régulière par les artistes et les voyageurs comme instrument d’aide aux dessins, notamment des dessins des villes et des paysages. Pendant le 18ème siècle des chercheurs ont réalisé des découvertes remarquables dans le domaine de la chimie, y compris ceux qui se consacrèrent à l’étude des substances modifiables sous l’action de la lumière.
Bien qu’éloigné de l’effervescence scientifique et culturelle des métropoles du vieux continent, ayant à faire face aux difficultés de tout ordre à l’intérieur du Brésil, la créativité de Florence et sons sens pratique hérité du 18ème siècle n’ont pas été freiné pour autant bien au contraire ; Il a cherché par tous les moyens à dépasser ces barrières pour atteindre ses objectifs comme nous le verrons par la suite. D’une façon générale Florence a poursuivi son objectif en utilisant des planches de matrices en verre recouvertes d’une pâte constituée de gomme arabique et de suie. Avec le burin il traçait ses dessins et ses textes et les recopiait au contact et sous l’action de la lumière du soleil sur des papiers sensibilisés au chlorure d’argent ou de préférence au chlorure d’or, en obtenant des images comme disent les américains « print-out »
Poursuivant ses recherches sur des préparations chimiques aptes à maintenir inaltérables ses copies dès lors qu’elles étaient exposées de nouveau à la lumière, Florence utilisa un mélange d’urine et d’eau en fonction de l’ammoniaque dégagée par cette composition. Plus tard, il utilisa l’ammoniaque caustique, actuellement appelée l’hydroxyde d’ammoniaque, qui rendait inaltérable les copies préparées avec le chlorure d’argent et qui agissait donc comme un fixateur.
Il a étudié et décrit l’action et les propriétés d’autres composants photosensibles en s’appuyant sur la manière dont il traitait des découvertes scientifiques renommées. Il prit connaissance des expériences de Karl William Schile 50 ans auparavant, à travers ses lectures des travaux de Jon Jacob Berzelious, un des traités de chimie.
Au tome IV de cette œuvre, Berzelious traite des sels d’argent et d’or, il explique que le chlorure d’argent se dissout facilement dans l’ammoniaque caustique. Florence suivit les indications de Berzelious et les mit en pratique dans le but de fixer ses copies photographiques. Alors Florence a obtenu la réponse à la question difficile pour la fixation des images avant Daguerre, Fox Talbot grâce aux indications de Berzelious et de Karl Von Schile au 18ème siècle.
L’examen détaillé du manuscrit de Florence a d’ailleurs conduit cet auteur à attester l’emploi pionnier par Florence du terme de photographie, et c’est en 1834, cinq ans au moins avant que ce vocabulaire ne soit utilisé pour la première fois en Europe. En 1839 il a été utilisé par Madler en Allemagne, par Herscher en Angleterre.
Le génie des différents chercheurs, dont Nièpce, Daguerre, Fox Talbot, Bayard et Florence réside dans l’heureuse conjugaison qu’ils firent des découvertes préexistantes, ces connaissances pouvant être appliquées de façon plus ou moins efficace par tout chercheur là où il se trouvait. Tout comme d’autres découvertes scientifiques et techniques, la photographie n’a pas échappé à la règle, elle est née de recherches plus ou moins isolées…. mais simultanément par des chercheurs dans différents endroits poursuivant tous le même objectif comme l’affirme un historien Bomboreio « photography is no single inventor »
Toutefois le perfectionnement technique de la photographie et de son développement concomitant visait des applications commerciales d’où découlera son assimilation sociale, et par la suite son expansion industrielle. Florence n’avait pas les conditions pour cela, comme cela c’est produit que dans des contextes socio-économiques et culturels totalement différents de ceux du Brésil et des autres pays d’Amérique Latine. Autrement dit, dans les Pays qui constituaient la scène de la révolution industrielle en cause.
En fait, on constate cela dans le cas de Florence. Une contradiction perverse marque son œuvre dans la mesure où celle-ci a été réalisée à l’intérieur d’un pays ayant une structure socio-économique aux caractéristiques coloniales, dans un environnement peu favorable aux innovations techniques et aux avancées de la science. Paradoxalement, si un tel contexte était en quelque sorte déterminant pour qu’un esprit inventif comme celui de Florence puisse mener à bien ses expériences pionnières, en contrepartie la société elle-même à laquelle il appartenait ne disposait pas des conditions nécessaires pour saisir la dimension de sa découverte.
Il y a une phrase très intéressante de Florence, je cite : « J’ai toujours prédit que mes découvertes, que mon isolement m’empêcherait de faire connaître, que le manque de matériaux pour m’empêcher de développer, et cela ne manquerait pas de surgir dans d’autres pays plus favorables au progrès de l’intelligence, je sentais que mes travaux ne seraient pas utiles ni à moi, ni à la société.
Quand Hercule Florence apprit la découverte de Daguerre en 1839, il envoya un communiqué à la presse de Sao Paolo et de Rio de Janeiro ou il déclarait ne pas disputer de découverte avec quiconque, car, une même idée peut venir à deux personnes, il ajoutait qu’il lui manquait des moyens plus compliqués et qu’il avait toujours considéré que ses résultats étaient précaires.
Ici la page du journal du périodique à Phoenix où il fait cette déclaration sur la découverte de la polygraphie et d’un processus de la photographie. Il faut souligner que dans ses communiqués, Florence mentionne qu’un de ses « dessins photographiés » comme il les appelle, avait été offert au Prince de Joinville François d’Orléans, fils du Roi Louis Philippe et date du premier mois de 1838.
Confiné dans son isolement à l’intérieur de la province de Sao Polo, vivant dans un environnement esclavagiste dépourvu de moindres ressources technologiques et même des interlocuteurs qui auraient pu comprendre ou apprécier ses réalisations, il finit par abandonner ses recherches sur la photographie pour ne se consacrer qu’au perfectionnement d’autres méthodes d’impressions, notamment la polygraphie.
Pour ce qui concerne l’œuvre iconographique, l’impossibilité de sa diffusion auprès d’un public éclairé, celui qui vivait dans le grand centre européen artistique et technologique annula un avenir qui aurait peut être été prometteur pour le parcours de la vie de Florence. Si le chef de l’expédition, le Baron Langsdorff n’avait pas été victime de fièvres tropicales qui l’ont conduit à l’insanité mentale pour le restant de ses jours, le parcours de Florence aurait été tout autre. Lors de son retour en Russie Langsdorff aurait certainement publié ses résultats scientifiques ainsi que sa précieuse collection iconographique. Au cours du voyage, Langsdorff avait déjà envie d’éditer les travaux, dans une lettre envoyée en 1827 depuis Cuiyaba la capitale de Mato Grosso au Ministre Russe des Relations extérieures. Langsdorff demanda que soit fait le plus grand soin au matériel qui avait déjà été expédié (manuscrits, peintures, cartes etc…), car il avait l’intention d’éditer le récit du voyage.
Langsdorff s’entendait très bien avec Florence, il disait de Florence « c’est une personne très jeune, très appliquée et qui à l’avenir me sera très utile. Ce qui ne fut pas le cas avec d’autres dessinateurs, tel que Tonet ou Rougendas par exemple qui ont participé à l’expédition. Langsdorff représentait pour Florence le pont qui lui permettrait d’obtenir une juste reconnaissance internationale en tant qu’artiste. On ne saurait perdre de vue le succès avec lequel ont été accueillies en Europe, aussi bien l’œuvre de Rogendas que celle de Debray et d’autres artistes voyageurs qui ont reproduit les régions inconnues du Nouveau Monde. Beaucoup parmi ces artistes de par leur conception romancée de la nature et de l’homme primitif ont contribué de manière définitive à la représentation d’une image idéalisée du pays tropical. L’iconographie Florencienne dès lors qu’elle fut publiée en Europe aurait fourni à l’époque un intéressant contrepoint aux œuvres de ces artistes. A poursuivre ces conjectures, on peut se demander si Florence avait connu la célébrité en tant que dessinateur, est ce qu’il se serait intéressé à la photographie, ou est ce qu’il aurait développé d’autres habiletés, peut-être que oui, peut-être que non.
Et s’il était resté en Europe, quel aurait pu être alors le champ d’activité auquel il se serait consacré ? Le mot SI, peut en effet changer radicalement le destin des hommes et de l’histoire, mais de telles suppositions peuvent constituer de pires spéculations échappant à notre maîtrise d’historien.
Le fait est qu’à partir de la fin du 19ème siècle, Florence connaîtra progressivement une reconnaissance posthume en tant que dessinateur et ce n’est que récemment qu’il sera reconnu comme l’auteur d’une découverte indépendante de la photographie. La confirmation de sa découverte sur la photographie est très récente. Sa découverte est restée pratiquement occultée pendant près de 140 ans, ce qui explique qu’elle n’est pas mentionnée dans les traités classiques de l’histoire de la photographie. La confirmation scientifique de l’invention de Florence présentée internationalement à partir de 1976, permet de renforcer la thèse selon laquelle la photographie a connu de multiples paternités, ce n’est qu’au cours de ces deux dernières décennies que l’œuvre de Florence connaîtra graduellement une diffusion internationale auprès de milliers de scientifiques et institutionnels.
En fonction de quoi il n’est plus possible que les lecteurs qui sont intéressés par cette branche de la connaissance et résident dans les grands centres continuent d’ignorer les faits historiques relevant d’autres régions de la planète.
Cependant il existe encore des résistances génophobes. La méconnaissance persistant encore sur les réalisations de Florence me semble inquiétante, dans la mesure où c’est justement dans cet espace laissé ouvert par la désinformation que la vérité historique finit par régresser en anecdotes, légendes ou fiction. C’est également dans ses vides qu’errent les opportunistes, les spécialistes de l’omission et de la déformation des faits historiques, même si les investigations pionnières de Florence n’ont en rien modifié la trajectoire de l’évolution de la photographie comme nous la connaissons, il ajoute un fait nouveau par son histoire, n’en demeurant pas moins que de répéter cette version officielle de cette histoire en renvoyant à des notes de bas de pages les réalisations qui ne se sont pas couronnées par le sucés.
Une telle posture élitiste et conservatrice ne contribue en rien à l’élargissement des frontières de la connaissance. La découverte de Florence démontre que le génie de l’homme n’est pas circonscrit à l’intérieur de certaines limites géographiques et que bien des décennies avant la date de l’annonce officielle par l’Académie des Sciences de Paris, dans n’importe quel endroit où un chercheur réellement déterminé pouvait se trouver, même si l’endroit se voulait exotique, ce chercheur pouvait être capable de découvrir un procédé photographique malgré les contraintes techniques et matérielles indépendamment du degré de civilisation de son environnement.
En ce sens les réalisations d’Hercule Florence mises en œuvre dans un cadre éloigné des espaces idéaux en apportent la preuve. Il faut comprendre enfin que l’adoption d’une nouvelle référence à l’histoire déjà écrite et réécrite et cristallisée ne se fait pas du jour au lendemain et organiser l’univers mental dans le sens de prétendre l’assimilation de faits nouveaux, n’est pas une démarche facile. Il existe cependant des résistances émotionnelles basées sur les préjugés, des omissions intentionnelles et des déformations calculées motivées uniquement par des intérêts personnels. Des postures ethnocentriques compromises avec les histoires officielles resurgissent ça et là et sortent des griffes conservatrices.
Le nom de Hercule Florence et ses réalisations en exil sont aujourd’hui internationalement connus. Florence a cessé d’être le personnage inconnu qu’il était à l’intérieur du Brésil lui-même. D’une certaine manière quelques-uns des auteurs classiques, quoique timidement ont peu corroboré les faits, parfois sans citer la source ou en abordant superficiellement la question. Fort heureusement il y a les compensations, les auteurs qui dès le début ont compris que dans les faits isolés ayant eu pour scène la vie de San Carlo à partir de 1833, il y avait eu là, une contribution culturelle qui ajoute une nouvelle donnée à l’histoire de la photographie, celle qui n’inclut que très rarement l’Amérique Latine.
Ces auteurs sont en train de multiplier ces informations par les différents moyens de diffusions et également dans le domaine de l’éducation. Il nous faut tout à coup croire que tout cela en valait la peine. Quel que soit le positionnement adopté ceci ne saurait constituer un obstacle aux nouvelles contributions que les chercheurs apportent à la science. Contribuer à l’édification de la connaissance est une tâche qui revient à l’historien, mais prétendre que ces connaissances doivent être ou non adoptées et assimilées relève d’une question culturelle et idéologique qui échappe à sa fonction.
De plus, l’œuvre d’un auteur après sa création suit son propre cours, elle appartient désormais au monde. En cette année ou l’on commémore l’année du Brésil en France et où la ville de Nice reçoit symboliquement Hercule Florence dans un imaginaire voyage de retour, 140 ans après son départ pour le Brésil en 1824, nous nous demandons, est ce que désormais on se souviendra de lui ? Les enfants de cette ville apprendront-ils à l’école ce que fut la vie de leur illustre compatriote oublié par l’histoire ?
Finalement je me retrouve à Nice 30 ans après être rentré en contact pour la première fois avec ce manuscrit soigneusement préservé par ses descendants, Dr Cyrilo Hercule Florence et Arnado Machado Florence. Ce que me disaient les documents dans leur silence m'a touché dès le premier instant. Des discussions et des polémiques que Patrick Roegiers a déjà mentionnées, ont marqué les différentes étapes du parcours pendant lequel je me suis voué à la recherche et à la divulgation de cette découverte. J’ai beaucoup appris sur ce que représentent les documents historiques et encore plus sur l’idéologie et la mentalité hérocentriste.
Pour moi qu’il s’agisse de l’historien ou de l’adolescent qui vit toujours en moi, passionné par le voyage et les aventures maritimes de Robinson Crusoë, le fait d’avoir mis en lumière la découverte d’Hercule Florence a représenté au-dela du défi intellectuel un véritable privilège. Merci Beaucoup.

PATRICK ROEGIERS : Nous venons de parler à Nice d’Hercule Florence avec un Brésilien. Boris Kossoy. Vous avez révélé au monde, à l’univers ce personnage. Vous venez en France 30 ans après, dans la ville où Florence est né, moi je trouve ça bouleversant et magnifique. Je propose qu’on applaudisse encore Boris.