Bob Willoughby’s, Hollywood

26 mars 2004 - 13 juin 2004

Musée de la photographie

Lorsque l’on passe en revue l’œuvre de Bob Willoughby, on mesure la diversité de ses approches du cinéma : le reportage sur les multiples aspects d’un tournage en studio ou en extérieur, les portraits des acteurs dans leur rôle ou entre deux scènes. Il photographie le film au moment même où il est tourné, dans l’axe de la caméra : il s’agit alors pour lui de fixer l’une de ses actions les plus significatives. Mais ayant le privilège de pouvoir lire les scénarios avant de concevoir un reportage, il lui arrive aussi de faire rejouer après coup une scène qui l’intéresse. Il en reconstitue ses composantes, exactement de la même manière, voire selon un dispositif différent en fonction des exigences du magazine pour lequel il opère. Ainsi que Bob Willoughby le précise lui-même aujourd’hui, chaque film a constitué une aventure différente. Mais ce sont sans doute les situations de travail autour du plateau que le photographe affectionne le plus : l’effervescence, la tension qui règnent dans le studio, “les hauts et les bas”, comme il l’exprime lui-même. Si bien que les documents qu’il a réunis ont aujourd’hui valeur historique, car ils nous renseignent sur la façon de faire un film. Et c’est surtout du point de vue humain que les images de Bob Willoughby sont les plus riches en enseignement, les plus captivantes : elles nous montrent avec beaucoup de réalisme et de justesse la nature des relations entre le réalisateur et ses acteurs, ou entre les acteurs eux-mêmes. Il en ressort une complicité et le sentiment que tout le monde oeuvre dans la même direction, l’effort transparaissant souvent dans le témoignage du photographe. Et si ce témoignage est convaincant, c’est parce que Bob Willoughby est extrêmement proche de ce qui se passe, parce qu’il sait comment entrer silencieusement dans l’intimité des personnages, sans jamais les embarrasser de sa présence.                                                                          

Chez Bob Willoughby, la photographie traduit une passion. Il est évident qu’il aime le monde du cinéma, qu’il a admiré les artistes qui ont “habité” les studios de Hollywood, au cours de ces étonnantes années de l’après-guerre. Sans chercher nécessairement à imposer un style photographique – son “écriture” est d’ailleurs très dépouillée -, il a exprimé sa passion pour ce qui se passait sur les plateaux. Tout comme avant de s’intéresser au cinéma, il a posé son regard sur le jazz et a exprimé son sentiment à l’égard de cette musique. Il est d’ailleurs intéressant de constater que son approche du monde du jazz (il photographie les musiciens en studio aussi bien que sur scène) préfigure en quelque sorte son travail sur le cinéma, le jazz constituant ainsi pour lui une formidable occasion de faire ses gammes.

Gabriel Bauret