François-Marie Banier, Perdre la tête

09 juin 2006 -27 août 2006

Musée de la photographie

A Nice, le photographe et écrivain François-Marie Banier présente sa comédie humaine Perdre la tête. Entouré de deux ou trois appareils, tel un Balzac photographe, il traque ses contemporains dans la rue. Et les voilà, ces passants, fauchés, manifestants, SDF, éboueurs, hôtes improbables du Théâtre de la Photographie et de l’Image, s’affichant parfois même dans un format géant, en noir et blanc.

François-Marie Banier naît à Paris en 1947. A 22 ans, il publie son premier roman, Les résidences secondaires, suivi de nombreux autres. Parallèlement, et en secret, il entreprend une œuvre photographique qu’il ne dévoilera pour la première fois qu’en 1991, au Centre Georges Pompidou.

Dès ses premières photographies, il porte son regard sur des êtres anonymes croisés dans cet atelier à ciel ouvert qu’est la rue. Ses passants, ses «traverseuses», comme il les nomme, formeront au fil du temps son alphabet des solitudes. Sculptures vivantes, façonnées par le quotidien, héros d’une vie que l’on devine à travers leur silhouette, leur regard, leur anonymat devient légende.
Il travaille aussi sans relâche sur les mêmes sujets, ses modèles : Samuel Beckett, Madeleine Castaing, Vladimir et Wanda Horowitz, Silvana Mangano, Yves saint Laurent, Pascal Greggory. Toujours en quête de l’émotion qui exprime l’intime. Depuis plus de dix ans, il fait entrer écriture et peinture dans ses photographies. Second, troisième, millième regard qui ajoutent, retranchent au cliché. Par ses approches, ses incursions, la mémoire, le temps qui passe, le rêve redonnent à ses sujets une dernière fois la parole.

S’il est l’ami des stars, Adjani, Horowitz, Aragon, Pascal Grégory dont les images sont réunies aussi à Rome, l’artiste ne rompt jamais avec la rue et ses mille et une solitudes. Lui, le nanti, prend le pouls de ses frères de coeur. Il avoue d’ailleurs utiliser « son appareil photo comme le médecin son stéthoscope ». Sans la moindre idée préconçue, François-Marie Banier sort tous les jours de chez lui, le plus souvent sur deux roues, appareil de photographie au poing, pour voir à quoi aujourd’hui ressemblent la vie, les gens, ses frères et sœurs de rire, de chagrin, de gouaille, de solitude, de désirs. Happé par la vie, la richesse et la complexité singulière de chaque être, il se lance vers ces figures, sources de tant de réflexion, de rêve et de mystère. Travailleurs de rue aux allures de guerriers mythologiques, promeneurs, passants, couples, solitaires, ils ont vécu des histoires et des épreuves que nous ne pouvons que deviner, qui laissent sur leur visage, dans leur démarche, leur apparence, les traces d’un chemin toujours visible qui nous touche. À travers la photographie, François-Marie Banier est l’humble et définitif dépositaire de ces dessins, de ces destins.

Martin d’Orgeval