Georges Rousse, Lieux uniques

27 février 2010 -16 mai 2010

Musée de la photographie

Station Lebon, Nice 2009 © Georges Rousse / Adagp, Paris, 2021

Photographe plasticien reconnu internationalement, Georges Rousse explore des lieux souvent voués à la démolition, pour les construire ou les déconstruire selon un processus complexe et très élaboré. Une fois le lieu transformé, l’image finale est réalisée et restera le témoignage de l’espace et de ce lieu unique, photographié sous cet angle.

Le Théâtre de la Photographie et de l’Image lui a passé commande d’une nouvelle création, réalisée sur le site de la Station-Lebon, rue Meyerbeer à Nice.

Georges Rousse vit et travaille à Paris. Pensionnaire à la Villa Médicis en 86-87, en 88 il reçoit le prix de l’International Center of Photography de New-York. Son travail fait l’objet d’une excellente reconnaissance internationale et est présent dans de nombreuses institutions en France et à l’étranger. De multiples expositions collectives et personnelles lui ont été consacrées. Après des études de médecine, il décide, dès les années quatre-vingts, de se consacrer à la photographie. Issu de la figuration libre, il associe dans un premier temps la représentation humaine et la photographie, puis très vite, il introduit dans la même pratique et dans l’espace photographié, la peinture, l’architecture, le graphisme et la sculpture, ce qui l’inscrit, avant même que le terme soit utilisé dans ce que l’on appelle aujourd’hui la « photographie plasticienne ».

A partir de 1983, son intérêt se porte de plus en plus sur l’espace et les figures géométriques, les figures humaines disparaissent pour laisser place aux formes. Il explore des lieux souvent voués à la démolition ou à l’oubli, pour les investir totalement, les construire ou les déconstruire. Après repérages, commence un long travail de concentration puis de préparation, un véritable corps à corps avec un espace défini qu’il va devoir restituer à sa propre vision. Le travail est réfléchi, préparé, rien n’est laissé au hasard. Ses esquisses, dessins et gouaches organisent la construction de l’espace en fonction de la lumière. Celle-ci, dans un premier temps, est effacée, pour n’apparaître que plus éblouissante au moment du dispositif final. L’architecture du lieu est peu à peu modifiée par des constructions peintes ou transformée par la peinture directe sur les sols, les murs ou les plafonds. Une fois le lieu transformé, l’image finale est réalisée et restera le seul témoin de l’espace et de ce lieu unique photographié sous cet angle. Georges Rousse ramène l’espace manipulé à la surface plane de la photographie. Il suit les lois définies par les théoriciens de la perspective à la Renaissance, pour en démonter les mécanismes et en démystifier les codes. Georges Rousse est un voyageur, un marcheur, un penseur, c’est un homme qui a les pieds sur terre. Aucun trucage n’a lieu dans la réalisation de ses photographies, sur des formes ajoutées afin de redéfinir un nouvel espace et provoquer ainsi une déformation de la perspective, il oblige le spectateur à un effort de vision.

L’illusion est totale. La magie opère. Chaque image, dépouillée ou complexe devient une énigme. La relation intime entre l’artiste et l’espace, la peinture et la photographie sont ressenties intensément par la spectateur, cet espace réel et pourtant de nature illusionniste, donne envie de pénétrer au-delà de l’image pour tenter de la comprendre et de s’y fondre, afin de devenir autre. La force de l’image est là, indéniable, face à nous. Pour avoir vu travailler Georges Rousse in situ, solitaire dans ces espaces voués à l’oubli, je garde pour lui une admiration profonde. A la fois concepteur, installateur, artisan, peintre, et surtout photographe, il fait partie de ces artistes qui au fil des ans poursuivent leur chemin, indifférents aux courants artistiques et aux modes, mais qui, à chaque nouvelle réalisation, nous éblouissent.

par Marie-France Bouhours, Directrice du Théâtre de la Photographie et de l’Image