Le Babazouk des photographes

14 décembre 2019 -16 février 2020

Galerie du musée

La Cité du parc, vers 1930 © Joseph Lucarelli, Coll. Musée de la Photographie

Surnommé « le Babazouk », adaptation locale du milieu du XIXe siècle d’une expression arabe signifiant la porte du souk, le Vieux-Nice, Vila-Vielha en niçois, est le cœur historique de la ville, son âme et son esprit.

Au pied de la colline du Château, entre les rivages de la Baie des Anges et les rives du Paillon, la place Garibaldi et la place Masséna ; ce quartier pittoresque s’offre aux yeux et aux objectifs de ceux qui savent le regarder. Dans ses ruelles étroites bordées de modestes immeubles dont les persiennes et les façades ocre dissimulent de splendides palais baroques, le linge est encore pendu aux fenêtres. Au détour des rues se dévoilent des places aux marchés animées et surgissent de derrière les toits, les clochers des églises. C’est sur la place Pierre Gautier et le cours Saleya qu’avait lieu à l’origine le Carnaval, et dans les rues, la fête des Mais qui permettait le temps d’une célébration de réconcilier le peuple et la bourgeoisie plus habituée aux fauteuils de l’Opéra, rue Saint-François de Paule.
A la tombée du jour, quand les lumières s’allument, c’est ici que les Niçois se donnent rendez-vous.

Il n’est pas étonnant que musiciens, écrivains, poètes, peintres aient été attirés par ce lieu et y aient puisé leur inspiration comme Matisse fasciné par « cette lumière qui crie », ou Raoul Dufy qui y découvre la couleur : « le bleu lumineux entre les toits du Vieux-Nice ». Romain Gary, Jean Cocteau, Louis Nucéra, Jean-Marie Le Clézio et bien d’autres écrivains y fixent leur légende et leurs récits, les musiciens aussi. Berlioz composera l’ouverture du « Roi Lear » alors qu’il est hébergé dans la tour Bellanda.

Mais ce sont les photographes, arrivés avec le développement du tourisme à la Belle Epoque, et les millions de cartes postales adressées dans le monde, qui contribueront le plus à la popularité de ce quartier. Charles Nègre, Les Frères Neurdein, Walburg De Bray et Jean Gilletta sont les plus illustres représentant de cette première génération. Jacques Henri Lartigue, Brassaï, Joseph Lucarelli, Paul Louis et Raph Gatti à leur tour se laisseront séduire par la beauté et la simplicité de ce lieu. Un lieu photogénique qui offre aux photographes comme Olivier Monge, Bogdan Konopka, Raymond Dityvon, Pentti Sammallahti, Hugues de Wurstemberger, Michael Kenna, Claude Nori et Pelle Kronestedt une multitude de décor et d’aventures possibles.

Aujourd’hui, la vieille-ville a perdu son caractère de village avec la disparition des échoppes traditionnelles remplacées par des commerces destinés davantage aux touristes et même si Nice est une ville moderne et cosmopolite, elle n’oublie pas qu’elle plonge ses racines dans ce Babazouk qui continue d’inspirer de nouvelles générations de photographes.

Le marché, vers 1890 Anonyme © Coll. Musée de la Photographie