Michael Kenna – Constellation

18 octobre 2025 - 25 janvier 2026

Musée de la photographie

Vernissage le 17 octobre 2025 à 18:30

En présence de l'artiste

Onishi Tree Shadow, Study 2, Hokkaido, Japan, 2023 © Donation Michael Kenna, ministère de la Culture, MPP

L’exposition « Constellation » est une rétrospective exceptionnelle de l’œuvre de Michael Kenna, figure majeure de la photographie contemporaine en noir et blanc.

L’exposition rassemble 124 tirages argentiques, tirés d’un corpus d’environ 4000 tirages, représentatifs des grandes séries qui jalonnent son parcours : les paysages de nature, urbains et industriels du nord de l’Angleterre ou de Detroit aux États-Unis, la France, les jardins Le Nôtre, les bords de mer nimbés de brume, Nice, Venise et l’Italie, les autres pays européens, les USA, les arbres incontournables du Japon, la Chine, la Thaïlande, et la Corée. Vingt et un pays sont représentés dans l’exposition, choisis dans une géographie kennienne de quarante-trois en tout. Les tirages sont toujours réalisés en noir et blanc, ils traduisent une esthétique poétique et contemplative, empreinte d’une grande rigueur formelle. Michael Kenna photographie souvent à l’aube, dans la nuit ou par temps couvert, à l’aide de poses longues qui transforment la réalité en vision onirique.

Fifty Five Birds, Wolverton, Buckinghamshire, England, 1991 © Donation Michael Kenna, ministère de la Culture, MPP

Loin du diktat des instantanés, son travail relève de l’évocation, de la suggestion. Il privilégie les atmosphères, les rythmes, les lignes. Son regard essaie de capter ce qui demeure, la présence dans le vide de l’absence : un arbre solitaire, un chemin, une trace. Il interroge ainsi notre rapport à la mémoire collective, au mystère. Sans jamais céder au spectaculaire, ses images invitent à la lenteur, à l’introspection.

Il a choisi le format le plus difficile, le petit format.

Cette rétrospective met en lumière la cohérence et la profondeur d’une oeuvre où chaque photographie semble suspendue entre le visible et l’invisible. Elle propose une traversée intime de la terre, guidée par un artiste qui, avec humilité et exigence, nous rappelle la beauté du monde par la force du regard et l’appel du silence.

Constituée à l’invitation du musée de la Photographie Charles Nègre à Nice, cette exposition est rendue possible grâce à la donation exceptionnelle que Michael Kenna a consentie à l’état français en 2022. Le fonds est conservé aux bons soins de la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP).

Sabine Troncin-Denis Commissaire de l’exposition

Biographie

Né en 1953 à Widnes, petite ville industrielle du nord-ouest de l’Angleterre, Michael Kenna grandit dans une famille catholique ouvrière, au sein d’un environnement modeste. Son enfance est marquée par une éducation religieuse rigoureuse : il passe sept années dans un petit séminaire, envisageant un temps la prêtrise. Mais au fil de ses études, une sensibilité artistique émerge, et il s’éloigne progressivement de la voie ecclésiastique pour se consacrer à une autre forme de contemplation : la photographie.

Il entame alors une formation artistique à Londres, à la Banbury School of Art, avant de rejoindre le London College of Printing, où il approfondit sa connaissance de l’image et du tirage photographique. Diplômé en 1976, il s’installe l’année suivante aux États-Unis, terre d’accueil de nombreux artistes européens. À San Francisco, il fait une rencontre décisive avec la photographe Ruth Bernhard, figure majeure de la photographie moderniste. Pendant plus de dix ans, il collabore avec elle comme tireur dans la chambre noire. Cette expérience sera fondatrice : elle façonne son exigence technique, son rapport intime à l’image et à la matérialité du medium, devenu l’une des signatures de son oeuvre. La précision, la patience et la recherche de perfection qui caractérisent ses tirages argentiques en noir et blanc trouvent là leur origine.

Le voyage joue un rôle central dans son processus créatif. Michael Kenna parcourt le monde depuis plus de cinquante ans, à la recherche de paysages propices à la contemplation et à la transformation du réel par la lumière. Des arbres isolés en Angleterre ou des monuments comme le Mont Saint-Michel en Normandie, aux temples shintoïstes du Japon, des plages de Corée aux paysages industriels graphiques américains, il construit une œuvre où la nature et la trace humaine coexistent dans une forme d’équilibre poétique. Il photographie aussi des lieux de mémoire, long et méticuleux travail réalisé sur 12 ans, comme les camps de concentration nazis, qu’il aborde avec une grande sobriété, loin de toute mise en scène, mais empreints d’une force de suggestion poignante.

Winged Lion, San Marco, Venice, Italy, 2006 © Donation Michael Kenna, ministère de la Culture, MPP
The Rouge, Study 100, Dearborn, Michigan, USA, 1995 © Donation Michael Kenna, ministère de la Culture, MPP

Auteur prolifique, il a publié plus d’une centaine de monographies, traduites dans de nombreuses langues, et ses œuvres ont été exposées dans plus de 500 expositions personnelles à travers le monde. Sa renommée internationale s’est construite sur la constance de sa démarche, la qualité exceptionnelle de ses tirages et une vision du monde profondément singulière.

Son travail figure dans les collections permanentes de nombreuses institutions prestigieuses, parmi lesquelles : la Bibliothèque nationale de France, Paris, le Musée Carnavalet, Paris, le

Musée Guimet, Paris, le Los Angeles County Museum of Art, Californie, la National Gallery of Art, Washington D.C., le Tokyo Photographic Art Museum, Japon, le Victoria & Albert Museum, Londres.

Aujourd’hui installé à Seattle, dans le nord-ouest des États-Unis, Michael Kenna partage son temps entre sa chambre noire et ses voyages à travers le monde. Dans une époque saturée d’images, son œuvre se distingue par sa capacité à ralentir le regard, à offrir un espace de silence et de contemplation. Héritier des avant-gardes photographiques du XXe siècle, il a su en tirer une synthèse personnelle, élégante et immédiatement reconnaissable.

Michael Kenna photographie le monde avec retenue, précision et intensité. En 2022, le photographe a fait don d’un exemplaire de chacun de ses tirages, éventail exhaustif de l’ensemble de sa carrière, soit de l’intégralité de son oeuvre photographique à l’état français, conservée par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP) au fort de Saint-Cyr à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines). La donation comprend 3683 tirages originaux réalisés dans 43 pays différents, les négatifs et les numérisations correspondant à ces tirages, 175000 autres négatifs accompagnés des planches contact correspondantes, 6422 tirages de travail des années 1983-2000, 1280 tirages Polaroid, les catalogues imprimés sur son œuvre et toutes les archives relatives à son activité artistique. À cette occasion, Michael Kenna a été promu au rang d’Officier de l’ordre des Arts et des Lettres.

Le regard patient et l’alchimie du tirage

L’approche de Michael Kenna repose sur une démarche lente, tant au moment de la prise de vue qu’au tirage dans la chambre noire.

Pont des Arts, Study 1, Paris, France, 1987 © Donation Michael Kenna, ministère de la Culture, MPP

Il sait mieux que quiconque saisir l’âme d’un lieu et en faire le portrait photographique. Dans l’attente d’une lumière idéale, d’une éclaircie dans les brumes, de l’évolution d’un nuage, il confie : « J’ai l’impression de demander l’autorisation. J’attends un signe. J’ai le sentiment de communier avec ce qui nous entoure, comme si je dialoguais avec la nature. » Cette temporalité lente, presque rituelle infuse chaque cliché d’une dimension spirituelle et poétique. L’image devient trace d’un moment unique, empreinte d’un dialogue entre l’homme, la lumière et le paysage.

Plus tard, c’est dans la chambre noire que l’alchimie s’opère pleinement. Michael Kenna tire lui-même ses photographies, sur des papiers argentiques barytés. Le tirage n’est pas pour lui un simple aboutissement, mais une seconde écriture de l’image.

Il joue sur les contrastes, les flous, les densités, transformant parfois radicalement la scène capturée. Le noir devient velours, le blanc s’évapore. Il ne cherche pas à reproduire fidèlement la réalité, mais à en extraire une essence presque onirique.

Chaque tirage, limité, signé, est une pièce unique, fruit d’un artisanat rigoureux et sensible. Dans ce processus, Kenna prolonge l’héritage d’Atget, de Sudek ou de Bill Brandt, tout en affirmant une voix singulière : celle d’un poète de la lumière, qui sculpte le temps en nuances de gris.

Michael Kenna et l’Asie : à la rencontre du silence et du vide

Depuis presque quarante ans, l’Asie occupe une place centrale dans le parcours artistique de Michael Kenna. Japon, Corée, Chine, Vietnam, Thaïlande, Laos, les Indes… autant de territoires que le photographe parcourt régulièrement, en quête de paysages empreints de spiritualité. Ce n’est pas tant l’exotisme ou l’ailleurs qui l’attire, mais une affinité intime avec l’esthétique et la philosophie de ces cultures : un rapport au vide, au silence, au temps qui résonne profondément avec sa propre démarche photographique.

Mountain Tree, Danyang, Chungcheongbukdo, South Korea, 2011 © Donation Michael Kenna, ministère de la Culture, MPP
Haruna Fuji, Study 2, Gunma, Honshu, Japan, 2025 © Donation Michael Kenna, ministère de la Culture, MPP

La première visite de Michael Kenna au Japon date de 1987, il y trouve une forme d’épure qui dialogue avec ses choix formels : noir et blanc, la notion du vide, compositions minimalistes, jeux d’ombre et de lumière. Cette rencontre deviendra une histoire d’amour, et le photographe y retourne très fréquemment. Les torii qui flottent sur l’eau, les jardins zen ou les temples isolés, la neige à Hokkaïdo et les arbres graphiques deviennent des motifs récurrents, presque calligraphiques.

L’influence du shintoïsme et du bouddhisme zen se ressent dans chaque image qui semble accueillir le monde plutôt que le saisir. La photographie devient alors méditation, offrande à ce qui se tient là, dans le presque rien. Le vide n’est pas un manque, mais l’espace de respiration de l’oeil, pour que l’âme entre en dialogue avec l’image.

Face à ces territoires, l’artiste garde la même discipline : travailler à l’aube ou la nuit, sur film argentique, avec des expositions longues. Le temps devient matière, et l’Asie un miroir de sa propre intériorité. Michael Kenna ne photographie pas l’Asie, il s’y recueille.

L’importance éditoriale

L’activité éditoriale de Michael Kenna présente une importance considérable dans son travail, elle est l’alliée fraternelle des photographies. Il est difficile d’en opérer un comptage exact, entre les éditions publiées en différentes langues, ou rééditées avec des ajouts. Le chiffre de 100 en fournit une idée assez juste.

« Je considère la photographie comme un lieu de conversation, de collaboration et de communication. Un photographe dialogue avec son sujet, une collaboration s’instaure, et le résultat est communiqué à d’autres par divers médias, et la conversation se poursuit. Les livres sont un élément précieux du processus de communication.

Les tirages argentiques de qualité sont comme des bijoux, mais ils ne peuvent être produits qu’en nombre limité, compte tenu du temps nécessaire. Les images peuvent paraître plus universelles sur écran, ordinateur, téléphone, etc., mais la qualité est inférieure. Les livres imprimés constituent à mon avis un compromis parfait. La qualité n’est jamais à la hauteur d’un tirage original, mais bien plus intéressante qu’une version cinématographique.

Les livres peuvent être imprimés en grand nombre et distribués partout. Ils finissent dans des lieux très divers. J’ai toujours considéré les livres comme un élément essentiel du processus de communication. » M. K.

Michael Kenna et Nice

En 1997, Michael Kenna est invité par la Ville de Nice aux côtés de neuf autres photographes à poser un regard sur la ville pour l’exposition « 10 photographes et une ville ». 11 œuvres issues de cette commande font depuis partie des collections du Musée de la Photographie Charles Nègre, complétées par 4 œuvres données en 2025 par l’artiste à l’occasion de l’exposition « Constellation ».

Supports de Jetée, Ruhl Plage, Nice, France, 1997 © Michael Kenna, Coll. du Musée de la Photographie Charles Nègre
Supports de Jetée, Ruhl Plage, Nice, France, 1997 © Michael Kenna, Coll. du Musée de la Photographie Charles Nègre
Génie de la Science, Observatoire, Nice, France, 1997 © Michael Kenna, Coll. du Musée de la Photographie Charles Nègre

Le film documentaire Michael Kenna – Photographer réalisé en 2018 par David Freydt sera diffusé en continu pendant la duré de l’exposition.

Début de projection˃ 10h15 –  Arrêt de projection˃ 17h45 – Durée 26 minutes

Réputé pour son œuvre en noir et blanc, Michael Kenna est considéré comme l’un des plus grands photographes de notre époque. Ce documentaire revient sur son parcours artistique, de ses débuts et inspirations à ses plus grands succès, tant commerciaux qu’artistiques. Dans un cadre intime, il se confie sur sa vie et les moments les plus importants qui ont guidé sa carrière et l’ont amené à faire ce métier.

© Prime Entertainment Group

Exposition réalisée en collaboration avec

Et le soutien des mécènes


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Performance Live

19 novembre 2025 - 19:00