(Prix Satellite 2024)
Exposition présentée dans le cadre du festival L’IMAGE_SATELLITE
Toute la programmation du festival en suivant ces liens :
https://sept-off.org/
https://www.instagram.com/limage_satellite/
Dans cette exposition, la perspective documentaire se double d’une approche ethnographique, et aboutit à une plongée saisissante dans les paysages et les trajectoires sociales du Sultanat d’Oman, un territoire en pleine mutation politique et économique.
« Ashes of the Arabian’s Pearl »
Le 10 janvier 2020, le Sultanat d’Oman déplore la mort de Qabus Bin Said Al-Busaidi, monarque adulé dont le règne de cinquante ans aura été marqué par sa longévité, record absolu dans le monde arabe. Ces années durant, Sultan Qabus s’est façonné une stature de fondateur de l’Oman moderne, dévoué à développer rapidement le pays et poussé par le mythe de la « Nahda » ou « renaissance ».
Dès les années 70, la manne pétrolière booste l’économie à grand pas, attirant des milliers de travailleurs asiatiques en Oman pour bâtir le pays. Depuis, les flux migratoires n’ont cessé d’augmenter, atteignant de nos jours 40% de la population environ. Pour contrer cette égalité démographique, dans une pensée nationaliste, Sultan Qabus mis en œuvre dès 1988 un plan d’« omanisation » – encore en vigueur aujourd’hui – visant à réduire la dépendance du pays vis-à-vis de la main-d’œuvre expatriée.
Progressivement, son règne fût marqué par le besoin pressant de diversifier l’économie ; période de la « tandeefh » ; survenue à la suite de l’amenuisement des ressources pétrolières et gazières et aussi, des aléas boursiers. Dans cet esprit, Sa majesté Sultan Qabus s’attacha à concevoir la « Vision 2040 » d’Oman, référence nationale en matière de planification économique et sociale pour l’avenir du pays. À la mort de Qabus, son cousin, Haitham Bin Tarik, fût désigné comme successeur par une lettre testamentaire de ce dernier. Aujourd’hui, c’est désormais à lui que revient la charge de reprendre le travail entamé.

De 2020 à 2023, entre la fin d’un règne couronné de succès pour Sultan Qabus, et le commencement de celui d’Eithem, « Ashes of the Arabian’s pearl », à l’aune de cette période transitoire, est né d’un désir d’observer de près la dynamique de développement économique et l’aménagement territorial du Sultanat d’Oman tous en prenant en considération les acteurs qui se retrouvent au cœur de ce phénomène régional.
Il a ainsi été question dans ce documentaire de faire dialoguer deux catégories de populations entre-elles, celles qui emploient et celles employées, de manière à souligner les connexions et les modes de hiérarchisation en vigueur qui s’incarnent dans ce phénomène de migration de travail mondialisée. Dans cette perspective, « Ashes of the Arabian’s pearl » a tenté d’illustrer les modes de vie de milliers d’hommes, force ouvrière du pays, issue majoritairement de l’Inde, du Pakistan et du Bangladesh, et ceux, à contre-courant, des entrepreneurs omanais et leurs familles. En renvoyant au lien existant entre l’espace – celui de l’aménagement territorial – et le temps – celui du règne glorieux de Qabus – dans les processus nostalgiques et mémoriels, « Ashes of the Arabian’s pearl » questionne le devenir subjectif de cette monarchie du golfe. A l’image du Sultanat d’Oman, ce projet se situe ainsi à la lisière d’une double temporalité, devenant ainsi un pont entre passé et présent.


BIOGRAPHIE
Valentin Valette – Né le 11 mars 1994, dans les Pyrénées-Atlantiques. Français, d’origine algérienne. Auteur-photographe, doctorant en anthropologie visuelle. Basé entre les Pyrénées, le Maghreb et le Golfe persique.
Animé à la fois par ma pratique photographique et mes études en Sciences Humaines et Sociales, je m’intéresse au médium photographique en tant qu’instrument de recherche.
Mon intérêt pour les Mondes arabes et musulmans, alimenté par mes études de sociologie et de sciences politiques au sein de l’Institut d’Études Politiques de Sciences Po Aix-en-Provence, me conduit aujourd’hui à vivre entre le Maghreb, le Golfe persique et les Pyrénées.
De 2020 à 2023, j’ai rejoint l’Institut de Recherche pour le Développement en Tunisie (IRD) au sein du programme de recherche Territoires Urbains et Gouvernance de Crise (TURGOCRISE) du CNRS pour lequel j’ai réalisé un film de recherche, en cours de montage, et une enquête sociologique. Dans ce cadre-là, j’effectue depuis 2023 une commande photographique au long cours sur la thématique de la santé en migration des harragas pour Médecins du Monde Tunisie.
Récemment, je m’intéresse plus particulièrement aux nouvelles orientations stratégiques des pays du Golfe persique. « Ashes of the Arabian’s Pearl », mon premier projet au long cours, s’inscrit dans cette thématique que je souhaite approfondir dans le temps et dans l’ensemble des pays de la région.
Début 2024, j’ai obtenu un financement pour entamer un doctorat en anthropologie visuelle intitulé « les Harkis et l’Algérie : liens, expériences et circulations » qui se situe à la croisée de la sociologie des migrations, des mémoires et des appartenances. Je suis rattaché aujourd’hui à l’Institut d’Ethnologie et d’Anthropologie Sociale (IDEAS) d’Aix-Marseille Université.
Mes travaux artistiques ont été lauréat du Prix Jeunes Talents des Agents Associés, du Maghreb Photo Awards, des Rencontres de la Photographie de Marrakech, du Prix Jalón Angel parmi d’autres, et ont été présélectionné par le Leica Oscar Barnack Award, le Prix Révélation SAIF/Kabine 2024, le Kolga Tbilisi Award, le Prix Maison Blanche, le PhMuseum Award, l’Art Photo Barcelona Award 2024, le Belfast Photo Festival 2024, et exposé au Festival International de Photographie à Bruxelles, au Festival Grenze Arsenali Fotografico 2024, au Festival Verzasca 2024 en Suisse, à la Galerie Madé à Paris, au Fesitval Luminic de Barcelone, aux Nuits Photographiques de Pierrevert, etc.
À côté de mes activités dans la recherche et les arts visuels, je développe et curate le fonds photographique africain de Jean Depara, artiste photographe congolais des années 1950-1970, dont j’ai retrouvé les négatifs.

